Ce soldat de l'ancienne armée perse est mort asphyxié par les fumées toxiques du feu qu'il avait lui-même allumé, et qui a coûté la vie à dix-neuf soldats romains, dont les cadavres gisent pas loin... Bienvenus sur une scène de bataille de 256 après JC ; nous sommes quarante mètres sous les fondations de la ville romaine de Dura-Europos, en Syrie.
Les soldats perses assiègent la garnison romaine qui tient la ville, et creusent un tunnel sous ses murs pour affaiblir leurs fondations et ouvrir ainsi des brèches où s'engouffrer. Mais les romains ne sont pas dupes et sont entrain de creuser à leur tour un tunnel pour intercepter les perses. Bien-sûr, l'effet de surprise n'est pas possible, les deux adversaires peuvent s'entendre creuser mutuellement... Les perses décident alors d'évacuer leur tunnel, non sans préparer une petite surprise pour les romains. Lorsque ces derniers font irruption dans le passage étroit, une dense fumée extrêmement toxique les foudroie, ainsi que le soldat perse qui avait jeté le bitume et le souffre sur le feu au dernier instant, et qui aurait été pris à son propre piège.
Imaginez l'agonie: dans leurs poumons, le vapeurs de bitume et de souffre se transforment instantanément en acide sulfurique. L'armure du soldat perse est relevée sur son torse, les archéologues pensent qu'il a essayé de la retirer avant de mourir.
Cette interprétation des faits est la nouvelle version donnée par Simon James, archéologue et historien de l'Université de Leicester en Angleterre. Le site de Dura-Europos avait déjà été fouillé dans les années vingt et on avait alors pensé que les cadavres étaient les simples restes d'une bataille souterraine au corps à corps.
Cette version est appuyée par Adrienne Mayor, historienne de la Stanford University et spécialiste des armes "chimiques" de l'antiquité (elle est l'auteur de "Greek Fire, Poison Arrows & Scorpion Bombs: Biological and Chemical Warfare in the Ancient World" , que je traduis par "Feu Grec, flèches empoisonnées et bombes scorpions: la guerre biologique et chimique dans l'Ancien Monde") . Mayor nous rappelle que les perses étaient depuis toujours adeptes de la "sale guerre". Déjà au 4e siècle avant JC, lorsque Alexandre le Grand attaqua la ville de Tyre, les défenseurs (phéniciens) déversèrent du haut des murs une pluie de sable incandescent, dont les grains extrêmement fins, presque à température de fusion, s'infiltraient sous les armures et pénétraient les chairs de deux centimètres en les brûlant...
Décidément, la guerre n'a jamais été propre.